













Pour Albert Jacquard, « nous allons devoir apprendre à nous passer de nos voitures individuelles ». La survie de la planète passe par une remiseen cause de nos modes de vie, estime le scientifique. généticien, membre du Comité consultatif national d'éthique.
Au-delà du constat que notre mode de vie, de consommation et de transport n'est plus soutenable pour la planète, quelle alternative suggérez-vous ?
Avant tout, il faut se poser une question : à qui la nature offre-t-elle ses ressources ? Eau, pétrole, gaz sont des cadeaux de la Terre à l'humanité tout entière. Au nom de quoi une poignée d'hommes se les approprieraient-ils ? Partant de là, et compte-tenu de la raréfaction de ces ressources, il devient urgent de rebâtir l'économie mondiale sur de nouvelles bases. Et par conséquent notre société.
Vous parlez d'urgence. Quelle échéance donnez-vous à l'humanité pour réagir ?
Le compte-à-rebours qui nous mènera à la catastrophe est-il commencé ? En tout cas, il est grand temps de bifurquer. Je pense que nous entrons dans une période de révolution naissante et d'idées nouvelles.
Ce changement de société passera-t-il par une révolution ou une évolution des comportements ?
Le sursaut viendra par la force des choses car les robinets des énergies non-renouvelables se ferment. Nous allons être rattrapés par l'urgence. Beaucoup de choses vont être remises en cause. Au niveau de l'économie d'abord, il va nous falloir lutter contre la fascination de la croissance à 3 % car la Terre a des limites. Le développement exponentiel est impossible. Mais cette révolution ne sera pas qu'économique.
Se priver de voyages au long cours, revoir notre alimentation... Vous dessinez les contours d'une société nouvelle ?
Nous n'aurons guère le choix. Côté consommation, il va falloir se débarrasser du superficiel alimentaire. En matière de transports, il nous faut déjà diminuer nos déplacements en avion. Mais très vite, nous allons devoir apprendre à nous passer de voitures individuelles.
Alors impossible de mener une vie « durable » à la campagne ?
Paradoxalement, oui. L'avenir sera sans doute aux villes, grâce notamment à leur maillage de transports collectifs mais à condition de bâtir un urbanisme compatible avec une consommation économe en énergie. Mais plus largement, notre société de loisirs et de confort va devoir revenir au développement d'activités de bonheur. Via un mode de vie cultivant la solidarité entre les hommes. Car le sursaut doit être collectif pour mener à bien la révolution.
C'est donc la solidarité qui mènera à une société « durable » ?
Une jeune fille de 15 ans a parfaitement résumé la situation, à mes yeux, en déclarant qu'il fallait « Privilégier les réussites solidaires à l'exploit solitaire ». Une vérité tirée de son apprentissage dans une école du Luxembourg, qui expérimente un système éducatif novateur supprimant les notes et donc les palmarès, tout en appelant les élèves à s'aider les uns les autres. Un exemple vers lequel il faudrait tendre.
Certains remettent volontiers notre sort entre les mains du progrès scientifique. Les OGM permettront d'enrayer la faim dans le monde, l'industrie automobile mettra au point des moteurs non-polluants... Illusoire ?
Avant les innovations, regardons leur finalité et les motivations des firmes qui les mettent au point. La plupart courent après les bénéfices. Ne soyons pas dupes.
Un peu d'impertinence : comment êtes-vous venu à Saint-Brieuc pour la conférence ?
En train ! J'ai mauvaise conscience à prendre ma voiture, que j'utilise d'ailleurs de moins en moins.
Recueilli par
Céline MARTIN.